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Le cinéma malgache : en mal de reconnaissance internationale
L’instauration en 1975 d’un régime « révolutionnaire », placé sous l’autorité de Didier Ratsiraka, va bouleverser le fonctionnement du secteur de l’audiovisuel. Selon la Charte de la Révolution Socialiste Malagasy, « l’information qu’elle soit écrite, parlée ou audiovisuelle, doit donc aider à la réalisation des objectifs fondamentaux de la révolution tels qu’ils ont été définis. C’est un moyen privilégié d’éducation du peuple, d’organisation des masses, de diffusion des idées. A ce titre, elle doit stimuler l’esprit révolutionnaire, le civisme, le dynamisme de la population, propager et expliquer les lois et directives du pouvoir révolutionnaire parmi le public, inciter le peuple à appliquer les mesures prises par les autorités dans l’intérêt des masses. L’information audiovisuelle est aussi délicate à manier car les spectateurs interprètent subjectivement, donc différemment, ce qu’ils voient. D’où l’importance particulière que revêt ce moyen d’information, télévision, théâtre, cinéma, parce qu’il sollicite tous les sens et peut avoir un caractère décisif dans la mesure où son objectif est mis en relief de façon convaincante. C’est la raison pour laquelle le pouvoir révolutionnaire a cru bon de nationaliser immédiatement la production, l’importation et la distribution de films cinématographiques. Il est également souligné qu’un effort tout particulier sera fourni pour sortir de l’ombre, pour créer une société d’édition de disques, pour produire des films cinématographiques ».
De plus, le Ministère de la Culture se dénommera le Ministère de l’Idéologie ! Cette Charte à double sens, privilégie le monopole d’Etat qui sera exercé par l’Office Malgache du Cinéma (OMC) remplaçant, en 1978, le CMPFE (l’OMC deviendra Cinémédia une société anonyme sous tutelle de l’Etat en 1986). L’OMC impose ses directives à des sociétés privées comme le Consortium Cinématographique qui distribuait une grande partie des films à Madagascar et dont l’activité était totalement rentable. En 1975, Le Consortium Cinématographique devient le Consortium Cinématographique Madagascar (séparation juridique avec le Consortium Cinématographique qui gérait toutes les salles de l’océan Indien) et resta une société privée mais avec une activité nationalisée. L’OMC se consacra seulement à la diffusion des films, mit de côté la production qui commençait à prendre naissance à Madagascar.
Le Consortium Cinématographique Madagascar devait sous l’ordre de l’OMC diffuser des films de propagande politique venus d’Union Soviétique, de Corée ou de Cuba. L’OMC avait l’entière liberté du choix et du contrôle des films importés.
De 1978 à 1992, les importations totales ont été de 1094 films seulement. Les taxes prélevées par l’Etat pour la diffusion deviennent de plus en plus chères, ce qui a une répercussion directe sur le prix du billet qui passe de 0,025 à 0,165 euro. De plus, les programmations imposées ne satisfont guère les attentes du public qui déserte les salles.
Les films russes ou coréens, sous-titrés en Français ou en version originale, écartaient la jeunesse qui en pleine malgachisation ne comprenait que les films dans la langue nationale. De ce fait, les goûts du public s’orientaient vers les quelques films d’actions dont la compréhension ne nécessitait pas la lecture du sous-titrage en français et vers les vidéoclubs clandestins qui ont fait leur apparition en 1985 pour connaître un succès sans précédent en 1986.
A partir de 1989, les salles ferment progressivement leurs portes et deviennent des entrepôts, des annexes d’hôtel. Dans la capitale, il ne restait plus que le Ritz et le Rex qui proposaient deux séances : 14h et 16h30 plus une troisième, à 18h30 le samedi et le dimanche. La séance de 20h a définitivement disparu du fait de la raréfaction des transports et d’une délinquance en progression. En province, les salles de Fianarantsoa, Mahajanga et Tuléar ferment également.




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