La genèse. Dans les années 30 déjà, alors qu'Outre-Atlantique
les Noirs américains enflamment les “speakeasies” et autres laboratoires
enfumés de la 52e rue, quelques Combos se forment à Antananarivo,
dont le Tropic Jazz qui fait le bonheur des soirées coloniales. Simples
précurseurs, ils incluent une poignée de standards dans leur
répertoire, dont l'immortel In The Mood d'Andy Razaf et Glenn Miller.
L'interprétation effectuée sur partition est impeccable, mais
il ne saurait encore être question d'improvisation. Le Jazz malgache
n'en est qu'à ses balbutiements.
...Les années 50 avec les Be-hop et Cool, swing et punch, et Dixieland
...
En 1950, le jazz à Madagascar est né grâce à quelques familles amateurs
de musiques à savoir
Rabeson, Berson, Rahoerson, Rakotoarivony, Arnaud Razafy, Stormy…
A l’origine, ces familles ont animé des soirées dansantes avant
de s’orienter vers le jazz. Un premier concert combinant tous ces grands noms
a été organisé à l'hôtel Fumarolli (actuellement
Immeuble Caveau Antaninarenina), un des rares endroits fréquentés
dans la capitale à l’époque.
La prestation a vu notamment la participation de Jeanot Rabeson au piano, Etienne
Ramboatiana à la
guitare, les frères Rabeson aux saxophones.
En 1960, ces grandes familles musiciennes ne s’en sont pas arrêtées
là. Elles ont travaillé étroitement avec le Centre Culturel
Albert Camus, quartier général du jazz de l’époque.
Arnaud Razafy, les frères Rabeson et d’autres musiciens ont créé le « Jazz
Club de Tananarive ». A l’époque les ateliers, concerts, rencontres
de musiciens amateurs existaient déjà, englobant une structure
bien déterminée.
A son arrivée à Madagascar, un musicien français, Jeff
Gilson, a encouragé Arnaud Razafy et les autres musiciens de produire
ensemble un disque 33 tours qui s’intitule «Malagasy Gilson». C’est le premier disque de jazz malgache. «Avaradoha» de Serge
Rahoerson était parmi les morceaux inclus dans ce disque.
Jeff Gilson est devenu leader du groupe, et c'est grâce au fruit de cette
collaboration que le jazz malgache a pu avoir sa place en Afrique. Madagascar
est le deuxième pays africain possédant des virtuoses musiciens
de jazz après l’Afrique du Sud.
Il faudra attendre
la fin des années 50 pour que les tendances se
précisent. L'information circule bien, de même que les enregistrements.
Trois formations s'imposent, aux styles totalement différents. Si les
frères Rabeson (Raymond, Dédé et Jeannot) avec Guy Rakotoarivony
(Taguy) à la basse et Jacky Blacky de son vrai nom Ramamonjy Ratrimo
au vocal se situent résolument dans la mouvance Be-hop et Cool du Modern
Jazz Quartet, les frères De Commarmond (Roland et Gilles), par contre,
optent pour une musique plus prenante, tout en swing et en punch. Le troisième élément
du triptyque est Stormy, avec notamment René Rasamoelina au piano, Jacques
Rajoelina un véritable moulin à vent à la trompette, et
Samy Ranaivo à la guitare. Stormy fonce toute sueur perlante dans le
Dixieland dont les sonorités ne sont pas sans rappeler celles des Mpihira
gasy dans l'oreille des profanes. Qu'à cela ne tienne, ce briscard de
René en profitera pour s'installer tout en haut du hit-parade des orchestres
de danse de l'époque.
...Années 60 - Première participation malgache à un Festival
International...
Au début des années 60, Victor Andriananjason et Joachim Andrianarisoa,
montent le Groupe des jeunes artistes indépendants avec, en son sein,
une section Jazz et Gospel. Six frères et sœurs pas plus hauts que trois
pommes étonnent le public par leur polyphonie vocale. Un producteur
les remarque, ils quittent le navire et deviendront les Surfs. Les frères
Rabeson s'envoleront pour le Festival d'Antibes Juan les Pins. C'est la toute
première participation malgache à un rendez-vous de cette envergure.
Sur le plan local, le jazz prend ses quartiers au restaurant Tantely de la
route circulaire tous les dimanches après-midi. Parmi les animateurs
un autre futur homme de radio en la personne d'Arnaud Razafy, un véritable
encyclopédie ambulante du jazz. Un trio formé au moule d'Oscar
Peterson se démarque avec Frank Andriamanoro au piano, Lalao Rakotofiringa
(le fils du regretté Naly) à la basse et Serge Rahoerason à la
batterie. Le premier guitariste malgache de jazz tisse d'étranges arabesques
sur ses cordes, il s'agit d'Eugène Rakotoniasy.
...Années 70 — Saison morte...
Les années 70, par contre, ont un goût de morte saison.
Les sirènes de l'expatriation se font pressantes car la musique — le
jazz de surcroît — peine à nourrir son homme. La filière
la plus exploitée est celle de l'île voisine de La Réunion.
Grâce aux chaînes hôtelières, certains loups solitaires
se voient ouvrir des horizons insoupçonnés. Le pianiste Jeannot
Andriamoria suit un parcours des plus atypiques qui le mène d'Addis
Abeba, où il a l'insigne honneur de se produire devant le grand Duke
Ellington, à Tokyo en passant par Téhéran et les Emirats
Arabes Unis. Ceux qui restent se reconvertissent comme ils peuvent tout en
entretenant « au cas où » leur jardin secret. L’évolution
du jazz à Madagascar a été interrompue
pendant les évènements politiques de mai 1972, entraînant
un vide culturel. En 1973, les grands noms du jazz malgache, entre autres Arnaud Razafy, les frères Rabeson, Arly Rajaobelina, se sont éclipsés à l’étranger.
Arnaud Razafy a amplifié sa recherche en matière de jazz,
et a côtoyé des musiciens célèbres comme Charlie
Mingus. Grâce à ces différents échanges, il a pu
sortir un disque 33 tours, «Madajazzcar». (Style : free jazz mélangé avec
la musique traditionnelle du Sud malgache)
La renaissance
Les musiciens locaux ont été confrontés à des problèmes
moraux et matériels entre 1975 et 1985, année où Madagascar
s’ouvre à l’importation. Alain Razafinohatra, Dédé Rabeson,
Tovo Andrianandraina ont donné vie au jazz à Antananarivo durant
une décennie entière.
Grâce à cet élan et cette volonté dans la multiplication
des activités, le jazz s’est réincarné, grâce à la
contribution de
Dr Alain Razakatiana, Bruno Razafindrakoto, Henri Rakotondrabe, et la collaboration
de l’Alliance Française de Tananarive.
Longtemps plongé dans la dèche, le jazz malgache prend un coup
de jeune. Grâce à l'acharnement de quelques maîtres de la
partition, la santé de la musique improvisée à Madagascar
va bien.
Les jeunes musiciens se reconnaissent en jouant les standards des années
60 et 70. Ce sont des autodidactes par leurs improvisations, et une certaine
aisance se dégage de leur propre feeling, comme pour Joël Rabesolo
et Mahatojo, lauréats du concours Découverte de la Radio Lazan’Iarivo.
......Années 80 — Le Renouveau ...
La libéralisation de la fin des années 80 permettra de s'affranchir
de l'idéologie et de s'ouvrir à nouveau aux influences étrangères.
On redécouvre le jazz avec la création de styles rock jazz, vako
jazz qui puise son inspiration dans les airs du terroir, ou jazz folk ou le « jazz
inspiré du folklore ».
Les centres culturels étrangers
(Cercle germano-malgache, Centre culturel Albert Camus, Alliances françaises,
Centre culturel américain) servent de tremplin aux jeunes troupes pour
se produire et nouer des contacts avec des artistes étrangers. Favorisant
l'organisation de concerts, ces institutions deviennent les plaques tournantes
de la musique de la capitale et en province. On assiste à la confirmation
de nouvelles pousses qui ont pour nom Datita Rabeson, Samy Andriamanoro, Solo,
Tôty et autres Pana. Le Rotary Club sous l'impulsion de Francis Rakoto
donne également un sacré coup de pouce avec l'organisation de
festivals annuels à Soatanàna.
...Les années 90 redonnent vie au vocal féminin...
Les années 90 redonnent vie au vocal féminin, un domaine qui
fut pendant longtemps la chasse gardée des seules Fanja Andriamanantena
et Nivo Rahoerason. Aujourd'hui Francia, Mbolatiana, Malalatiana, Joëlle,
pour ne citer que quelques-unes, taquinent le scat. Madagascar a son festival
dédié au Jazz : Madajazzcar qui est une initiative annuelle née
de la jonction de plusieurs bonnes volontés dont celle de l'Alliance
Française et des différents Centres culturels de la place. Organisé traditionnellement
en octobre-novembre, il constitue un moment d'échanges très attendu
entre jazzpeople de tous horizons, tout en s'ouvrant à d'autres sensibilités